Les carnets de bords du 11, rue d’Estienne d’Orves…

septembre 03, 2014 Categories: Carnets Moleskines, Non classé by Commentaires fermés sur Les carnets de bords du 11, rue d’Estienne d’Orves…

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 » Voilà, nous y sommes, cela fait déjà deux bonnes années que les problèmes ont commencé. Ont-ils fini? Non pas encore. Quand finiront-ils? Je ne le sais pas. Je sais seulement que mon voisin est mort. René, René Jacques: c’est le curé qui vient de le dire, de donner ses prénoms de baptême et de vie. Il faut deviner le reste entre deux larsen de micro argenté mode Cloclo…

Bref il y les orgues, là ne cherchez, ce ne sont ni Roda Scott ni Eddy Louis. Non. L’orgue fait ce qu’il peut et l’organiste aussi. Les drapeaux des anciens combattants donnent le tempo, ils montent et descendent, plient parfois, et les muscles usés soulèvent le corps calé dans sa boite en chêne… ou en acajou …( je suis nulle en botanique).

Les vieux copains, les anciens de l’Algérie et une cantatrice vieille France donnent le ton. La cantatrice ne soulève pas la foule, ni les like comme dans the Voice…  Ma nièce adore the Voice. Elle a été voir Bertignac en concert alors que dans ma piaule j’ai la pochette vinyle de BBH 75: il jouait dedans avec Higelin… Gouffre des générations… Mon père adorait Roda Scott elle jouait pieds nus vous vous rappelez? Et ce ne sont pas non plus les cœurs du gospel de Nicoletta elle serait devenue croyante depuis qu’elle a accompagnée sa grand mère dans la tombe.Je l’ai peut-être rêvé? C’est ce qu’elle a dit sur France Culture… La nuit…. La nuit c’est toujours vague ce qu’il nous en reste au petit matin….

La cantatrice lève son bras gauche, seulement… C’est une jeune femme humble et stricte, la voix perchée comme un colibri qui a perdu sa maman et qui ne mange pas à sa faim . Sans trop d’assurance elle lève la main gauche et fait un signe pour que nous reprenions en chœur les psaumes. Entre nous qui peut avoir tant d’assurance devant la mort? Pas même un bourreau?

Il pèle putain, dans cette église, je ne m’y attendais pas, mes os me font une calgonite aiguë et mes muscles se crispent, d’autant qu’une satanée rage de dents ne me lâche pas d’un pouce, histoire que je ne fasse pas trop de conneries.

René, tout le monde le sait, aujourd’hui il a les os qui pourrissent, quelque part, bientôt sous la terre ferme. Il est mort se mangeant une nouvelle destinée, une autre, une qui ne finira pas à la bière pour seul pain quotidien, puisque les derniers temps plus rien ne se mâchait, tu parles des derniers plaisirs d’une gorgée de bière? Sa dernière devise une bière brune mieux que rien… Tout mieux que rien… Un reste d’espérance, mieux que rien.  Qui nous annoncerait son retour ? Il y en a qui y croient, dur comme fer, le curé, la bonne sœur et tous les fidèles de la paroisse, pour rêver de ce jour là…Mais nous sommes de ceux qui détournons la tête car ce jour là n’arrivera jamais. Quand nous sifflons notre dernière gorgée de pouilly, pour moi la bière c’est l’été bien fraîche,ça me désaltère le reste du temps je préfère un très bon vin, un moins bon en très bonne compagnie et puis sinon seule, là, j’arrache avec de la vodka au piment. J’ai l’âme ashkénaze dans ma petite caboche de métèque. Et pour lever le coude nous en sommes restée au stade de l’ante pénultième. Jamais satisfaite que tout s’arrête, un jour. »

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