Poussée par une pensée soudaine

mai 01, 2014 Categories: Carnets Moleskines, Non classé by Commentaires fermés sur Poussée par une pensée soudaine

Devant la vitrine environ vers les six heures et demi, le soleil est encore bien las, et ce n’est toujours pas le printemps, une jeune fille se colle à la vitre d’un coup sec. Elle désigne du doigt, quelque-chose : une statue, un bijou ou bien peut-être un objet de décoration. Elle hurle et crache sa buée avec un immense sourire : «  c’est ça ! Oueh ! C’est çà ! C’est çà ! C’est çà que je veux lui offrir. » Elle porte dans les bras, une cagette vide et à moitié cassée, une banane à la ceinture qui laisse dépasser un paquet de tiges complètement éventré, et sur elle, pour être certaine de bien ressembler à un mec, une salopette de jean, des pataugeasses effilochées, un perfecto noir et les cheveux très courts rouges.

A l’intérieur, nous sommes trois pour l’accueillir : la patronne, son fils patron aussi, et moi vendeuse et surtout pas patronne. Simple rapport de classes… Bref, j’étais perchée sur le tabouret derrière le comptoir à astiquer les bijoux vautrés dans un couvercle en carton.

C’était un cône en plastique, pour présenter les bagues, qui l’avait illuminée. Elle ne tenait plus en place et touchait à tout dans la fébrilité de sa découverte. Elle répétait toujours : «Oh! C’est ça ! C’est ça ! C’est ça que je veux lui offrir ! » « Parce que…C’est vraiment ça ! Eh ! T’as vu j’ai la banane comme un canon…Ben quoi ! Moi aussi j’en ai une ! Et en plus elle est pleine ! …Rires solitaires » Faut dire que ça ne se voyait peut être pas au début mais elle, sa banane, pendouillait, d’instinct sur son sexe indistinct, et puis nichons taille citron XXXS étaient impossibles à repérer. De toute façon la concentration était ailleurs. Où ? Là… Exactement…

Elle pose brusquement ses mains sur une petite vitrine d’amulettes, qu’elle soulève comme si c’était un écran de télé, mais la rapidité de son geste lui a fait comprendre que c’était beaucoup plus léger que ce qu’elle avait pu imaginer. Et toute une ribambelle de Bouddha, de Shiva, de Ganesh se balançaient dans la vitrine et se donnaient la main pour ne pas tomber. Comme quoi, même les Dieux pourraient tomber de haut ! Et là, ne tenant plus en place, les patrons se mettent à crier presque en stéréo : Ça va pas non ! ! ! T’es pas chez toi ! Pose ça ! T’es malade !

Un peu surprise par la violence de leur réaction, elle dit au fils :« Eh ! T’es un Indien ? Eh ! J’ai cru que t’était un indien… » Il la regarde sèchement et lui répond, sur le même ton : «  Non je ne suis pas un Indien.» Elle est un peu désabusée et ne comprend plus rien : « Eh ! Mais t’as les cheveux longs ! Tu n’es pas un Indien ? Alors pourquoi t’as les cheveux longs si tu n’es pas un vrai indien ? » Le jeune homme perd patience, sa mère aussi du reste, et dans le même élan, ils lui indiquent la sortie : «  et maintenant, casses-toi ! » Elle leur répond du tac au tac : «et toi coupes-toi les cheveux ! Ce n’est pas bien de faire croire ce qu’on n’est pas ! Coupes-toi les cheveux ! ! ! T’es pas un indien… » Et elle s’en va.

Les patrons aiment le pognon et en oublient souvent les irruptions du Diable jouisseur venu, sans se faire remarquer dans cette rencontre profondément trouble, trouer de ses grands yeux noirs et brûlants, la puissance et la fierté, l’orgueil terriblement triste, de la part d’une sœur noyée dans l’amour et pourtant si respectée des Saints… Puisque la vitrine ne s’est toujours pas effondrée et que nos Illustres Bouddha et autres feront bien sentir à ce visage pâle et à sa mère que leur puissance et leur fierté brûleront, sans doute ici, sans même pouvoir se réfugier derrière des pensées ironiques ou derrière même un sourire moqueur. Le Diable a voulu jouer, cash, les Divinités lui rendront, à Elle, honneur et dignité : Ils ont confié le geste du lendemain, c’est comme un frère qui vient aider sa sœur, la manœuvre à  un joueur de Bonto : il a prit les billets et en une minute comme de bonne surprise, a subtilisé, avec grâce et élégance,  la caisse si importante, tellement pleine des billets de banque, non les billets de banque ne font pas des petits, qui pourraient le croire ? Les intouchables ? Toujours est-il que L’indien et sa mère, mes chers patrons, pendant une minute étaient incapables de répondre, les jambes coupées, la course dans la nuit, sous neige battante, avant même d’avoir commencé, s’est arrêtée là, sur le pas de la porte. Trop d’argent tue l’argent. Ils avaient cru remplir leur caisse grâce à leurs Saints, que nenni que non point le Diable et les Dieux se défient n’importe où et dans des circonstances si peu convenues, qu’il est toujours impossible de se battre sans se laisser désarçonner. Si vous ne savez identifier le combat courrez à toute vitesse et mêlez vous de vos choux, il n’y a pas que l’argent quand même… Vlà Tout.

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